Récupération de tous les pourboires par l'employeur !

Sujet vu 7266 fois - 2 réponse(s) - 1 page(s) - Créé le 03/07/08 à 10:25
> Droit du Travail > Salaires


Caroline, Posté le 03/07/2008 à 10:25
2 message(s), Inscription le 03/07/2008
Je vais tout d'abord vous décrire les étapes de cette petite aventure afin que vous soyez plus à même de me répondre. Je travaillais, jusqu'à hier, dans une pizzeria en tant que serveuse. Voici quelques réflexions qui vont aideront à comprendre mon désarroi : Tous les témoignages de serveurs et de serveuses que j'ai pu rassembler avant de prendre à mon tour ce rôle insistaient sur l'intérêt des pourboires : à eux seuls, ils peuvent doubler un salaire. Oui, seulement voilà : à la pizzeria Don Bosco, tous les clients, lorsqu'il s'agit de payer, sont envoyés à la caisse, à l'intérieur, auprès d'une des patronnes. Nous sommes autorisés à faire payer le client sur place uniquement lorsqu'il n'a consommé que des boissons, autrement dire rarement. D'autre part, nous ne gérons pas individuellement les tables. Si je prends la commande, je ne l'emmènerai pas forcément. Je peux amener l'eau, le sel, le poivre, le pain à une table que je ne servirai plus par la suite. Les clients ne nous considèrent donc pas comme "leur serveur". Hier, alors que je commençais à débarasser une table, mon "tuteur" est venu m'aider. Il y avait un pourboire (exceptionnel !) de deux euros sur la table. J'ai dit "On se les partage ? Chacun un euro, j'ai de la monnaie." Lui : "Non, ça va près de la caisse, dans la petite boîte." Devant mon air dépité, il m'a finalement dit de les fourrer dans ma poche. Cette "petit boîte" qui se remplit à chaque fois que les clients vont régler, sera-t-elle un jour partagée entre tous les serveurs ? Hier, lors de notre repas, à 18h30, alors que l'un des cuistots posaient une question au sujet de la paye des travailleurs permanents du Don Bosco, j'en ai profité pour poser la mienne au sujet de la "boîte à pourboires" au niveau de la caisse. De suite, j'ai remarqué que les patronnes avaient des difficultés à me répondre, prenaient des pincettes, bref, tout ça n'était pas très clair. Je leur avais tout simplement demandé si ces pourboires seraient partagés entre l'équipe, puisqu'elles lançaient souvent un "Merci pour eux !" aux clients lorsqu'ils laissaient quelque chose. En gros, voici leur réponse : "Tu sais, les gens, tu leur rends une pièce d'un euro et une pièce de 10 centimes sur un billet de 10, ils vont te laisser seulement la pièce de 10 centimes ! (...) Y'a que de la feraille là-dedans. (...) On vous laisse tout dans cette coupelle, c'est pour faire de la monnaie, y'a vraiment pas grand chose. (...) On préfère vous payer un coup à boire à la fin quitte à rajouter un peu d'argent de notre poche, que de partager entre vous une misère.". Sur ce, ironique, j'ajoute : "Hier, par exemple, vous nous avez payé deux bouteilles de Champomy (véridique !)..." Elles : "Oui, voilà, par exemple !" Peu convaincue, je débarassai alors leur table avant d'attaquer le service, qui s'annonçait difficile (deux réservations importantes notamment : une table de 19 et une autre de 11 personnes). Etant à la fois souriante, efficace, rigolote (sans exagération), j'avais plutôt bien assuré ce soir-là. Deux clientes noires et homosexuelles, qui bossaient à la salle des fêtes toute proche (je donne ces précisions afin que, un jour, si elles se reconnaissent, elles puissent, sans hésiter, me contacter histoire que je leur paye l'apéro) m'avaient ainsi directement donné 2 euros en commentant la qualité de mon service, un adorable couple d'amoureux dont je m'étais chargée du début à la fin (j'avais même poursuivi la demoiselle afin de lui rendre ses clès qu'elle avait oublié sur la table) m'avaient quant à eux remis 5 euros en main propre (je leur avais pourtant auparavant expliqué qu'ils pouvaient laisser de l'argent dans la boîte près de la caisse, ce à quoi ils s'étaient refusés puisqu'ils souhaitaient me donner personnellement un pourboire) et, enfin, un couple d'Anglais d'un certain âge (je m'étais efforcée de leur décrire les plats dans leur langue, ne lésinant pas sur les "thank you" et les "you're welcome") avait laissé à mon intention (je le sais puisque le Monsieur m'avait appelé, juste avant d'aller payer l'addition, et que je n'avais pu me rendre immédiatement auprès de lui, chargée que j'étais en pichets d'eau) 2 euros sur la table. J'avais d'autre part ramassé 1 euro 50 sur la table d'un couple dont je m'étais chargée. Heureuse de mes pourboires, ingénue que j'étais, j'avais fait part de cette bonne nouvelle à ma collègue recrutée pour Jazz à Vienne qui tenait le bar (poste que j'avais occupé la veille) et lui avais glissé quelques mots d'encouragements, me souvenant des difficultés que j'avais eues à assurer ce rôle. Vers la toute fin de soirée, l'un des serveurs permanents que nous nommerons Maxime, m'a chargée de débarasser la dernière table en place et d'empiler quelques chaises. Cette table était celle de deux hommes en costard que j'avais servie au cours de la soirée. Deux euros trônaient près du dernier verre, fruit d'un labeur qui m'avait causé un mal de dos effroyable et quelques bonnes ampoules (j'aurais dû me méfier de cette si belle récompense à portée de main...). Si ma mémoire est bonne, je devais donc avoir 12 euros 50 en poche, les félicitations de plusieurs clients et de Maxime en tête, et une naïveté fleurant bon l'été dans les yeux. Tout allait s'écrouler en l'espace de quelques minutes. Soudainement, on nous annonce que tout le personnel est convoqué devant le Don Bosco. D'un air solennel, Maxime annonce "Voilà, je ne sais pas si vous avez vu, mais la table de 11 personnes m'a laissé 15 euros, que j'ai immédiatement mis dans la boîte, pour l'équipe. Mais certains ici empochent l'argent sans rien dire. Comme Caroline." Une dizaine de paire d'yeux se braquent sur moi. Une vague de chaleur me monte au visage et j'explique plus ou moins calmement (plutôt moins) que mes pourboires viennent de clients qui ont tenu à me les remettre directement ou de tables dont je m'étais occupée. Les patronnes, Maxime et mon barman gentil (qui ne l'est plus vraiment) réagissent : "Ouais mais on est une équipe ! Est-ce que sans les cuistots, sans les pizzaiolo t'aurais pu faire un bon boulot de serveuse ?" "Non, bien sûr m'exclamai-je, mais hier, par exemple, j'étais au bar et aux glaces, et ça ne m'aurait pas dérangé que les autres ramassent leurs pourboires. Aujourd'hui je suis serveuse, je me suis donnée à fond et les clients étaient contents de moi." Le barman devenu méchant m'explique alors que tous les pourboires accumulés dans la boîte sont ensuite divisés entre nous, que je suis malhonnête, que je ne pense pas à l'équipe... "Ah non ! m'écriai-je, les patronnes m'ont dit pendant le repas qu'ils servaient à nous "payer un coup à boire" et qu'il n'y avait que de "la feraille" là-dedans !" L'une des patronnes a alors choisi ce moment pour annoncer que nous avions accumulé plus de 200 euros dans cette coupelle mise à disposition du client lors du paiement, réduisant à néant le crédit que l'on pouvait apporter à mes affirmations. Les trois personnes qui étaient également présentes à ma table lors de notre repas restaient silencieuses et ne m'ont d'ailleurs pas attaquée durant cet échange vif. Je ne savais plus quoi dire. On m'a demandé combien j'avais dans la poche, il fallait que je rende l'argent, j'étais une rapia, une fille intéressée... Je portais une sacoche où j'avais placé mes calepins de commandes, mon stylo et mon ouvre-bouteille. La patronne a lancé : "Alors c'était pour ça la sacoche ?! Pour ramasser la thune ?" J'ai sorti les pièces de ma poche (et non pas de ma sacoche que je n'utilisais que dans un souci de praticité), les ai remises à la patronne qui s'est empressée de les compter en faisant des commentaires blessants tandis que j'allais chercher mon sac. J'ai donné ma démission et je suis partie. Les larmes se sont mises à couler toutes seules dès que la pizzeria Don Bosco a été hors de ma vue. La pression ne retombait pas, je revoyais ce que je venais de faire, pestant contre moi-même de mon manque de combativité. Que pouvais-je faire d'autre ? Si je n'avais pas rendu ces pourboires qui me rendaient si fières, ils les auraient pris tous seuls. En ruminant, j'ai compris que la dernière table à débarasser, avec ces 2 euros mis en évidence, n'était qu'un piège de Maxime pour confirmer ses soupçons. Pourquoi avoir choisi de convoquer l'équipe entière pour me dire tout cela ? N'aurait-il pas pu m'expliquer en privé que les pourboires étaient pour tout le monde ? Pourquoi ce manque de précision dans les premiers propos des patronnes ? Les 200 euros étaient-ils en vérité uniquement destinés initialement aux permanents ? Pourquoi ne pas partager l'argent tous les soirs ? Pourquoi ne pas nous avoir expliqué dès le début que les pourboires, même ceux que les clients nous remettaient directement, devaient aller dans cette boîte qui, en vérité, était loin de comporter 200 euros ("y'a que de la feraille..." et "on récupère tous les billets, les pièces de 2 et de 1 euro sans vous expliquer le pourquoi et le comment" auraient-elles dû préciser) ? Les serveurs sont-ils payés de la même manière que les pizzaiolo et que les cuistots qui, sommes toutes, sont le coeur de l'établissement ? Pourquoi l'un des pizzaiolo se laisse-t-il traiter de "melon" sans broncher ? Pourquoi... Pourquoi... Pourquoi... Autant de questions qui m'embrouillent l'esprit et redoublent mon incompréhension face à un monde du travail vicieux et vicié.

Pouvez-vous m'aider à comprendre cette situation ? Qui avait raison ? Qui avait tord ? Merci beaucoup...

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sache, Posté le 03/07/2008 à 10:47
75 message(s), Inscription le 28/12/2007
Bonjour, je ne peut pas vous répondre juridiquement mais je pense personnellement que vous avez de l avenir en tant qu écrivain!
Cordialement

Caroline, Posté le 03/07/2008 à 11:03
2 message(s), Inscription le 03/07/2008
Ah bah ça c'est très gentil... Merci beaucoup. Au moins, cette histoire particulière m'aura permis de développer mon potentiel créatif (ahah). Petite précision : je n'avais signé qu'un contrat d'un jour lorsque j'avais travaillé pour la fête de la musique et aucun lorsque j'ai été embauchée pour Jazz à Vienne. Les patronnes comptaient me le donner à l'occasion. Pas de contrat, pas de pourboires, pas d'explications... Je viens de prendre connaissance de la loi Godart. Quelques infos : Article L147-1
(Loi nº 73-4 du 2 janvier 1973 Journal Officiel du 3 janvier 1973)
(Abrogé par Ordonnance nº 2007-329 du 12 mars 2007 art. 12 I Journal Officiel du 13 mars 2007 en vigueur au plus tard le 1er mars 2008) Dans tous les établissements commerciaux où existe la pratique du pourboire, toutes les perceptions faites "pour le service" par tout employeur sous forme de pourcentage obligatoirement ajouté aux notes des clients ou autrement, ainsi que toutes sommes remises volontairement par les clients pour le service entre les mains de l'employeur, ou centralisées par lui, doivent être intégralement versées au personnel en contact avec la clientèle et à qui celle-ci avait coutume de les remettre directement.
Article R147-1
L'employeur est tenu de justifier de l'encaissement et de la remise à son personnel des sommes mentionnées à l'article L. 147-1.
Article R154-3
Sans préjudice de la responsabilité civile, toute contravention aux prescriptions des articles L. 143-1 à L. 143-3, L. 143-5, L. 147-1, L. 147-2 et des décrets en Conseil d'Etat prévus à l'article R. 147-2, ainsi que des articles R. 143-1, R. 143-2 et R. 147-1 sera passible d'une amende de 600 F à 1.300 F (1) [*montant*].
En cas de récidive dans le délai d'un an, l'amende pourra être portée à 3.000 F (1).
La loi Godart : http://www.synhorcat.com/IMG/pdf/Loi_Godart-2.pdf

Merci...


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